Témoignage

Marylène Aléno - Témoignage

Ancienne salarié·e de l'équipe projet du Centre Ouest Bretagne
Photo de profil de Marylène Aléno
Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous expliquer votre implication dans l’Expérimentation (comment et depuis quand) ? Je connais Territoire Zéro Chômeur depuis 2019. J’avais été invitée par la mairie à une réunion collective, il y avait beaucoup de monde. Je me suis inscrite dans le projet, qui est devenu expérimentation fin 2021. J’ai été administratrice au conseil d’administration et au bureau, puis vice-présidente jusqu’à fin 2023. En septembre 2023, on m’a proposé de rejoindre l’équipe projet à mi-temps. J’ai eu un avenant en CDI en juillet 2025. J’ai terminé fin décembre pour faire valoir mes droits à la retraite. Tout ce parcours m’a permis de voir l’évolution : du projet à l’expérimentation, la signature de la convention, les premières embauches en EBE. Aujourd’hui, on vit la troisième loi (le cadre posé en 2016). Pour moi, ce n’est pas une fin, mais une nouvelle étape. Comment tout a commencé ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager ? Au départ, c’était de la curiosité. J’ai participé à une AG. La trésorière a demandé qui voulait entrer au CA comme bénévole : j’ai levé la main. Les débuts, c’était la découverte : en quoi ça consiste, ce que ça engage, pour les habitants et le territoire. J’ai avancé petit à petit, avec l’équipe projet de l’époque, les réunions, les activités prévues. Chacun a mis la main à la pâte, avec ses ressources et ses compétences. Comment était la dynamique au début ? Lors de la première réunion collective, j’ai été étonnée du nombre de personnes présentes. Il y avait une vraie dynamique. Aujourd’hui, je la sens moins. Difficile d’expliquer pourquoi, car le projet communique, la municipalité aussi. Peut-être que l’ouverture de l’EBE a été perçue comme une fin, alors que pour moi, c’était un début. Il y a un travail de pédagogie à faire là-dessus. Une rencontre, une activité qui vous a particulièrement marquée ? Pas un événement unique. Au départ, je travaillais à côté, donc j’étais engagée mais plutôt en pointillé. D’autres étaient beaucoup plus impliqué·es, par exemple celles et ceux qui ont porté l’épicerie. Quand je suis entrée dans l’équipe projet, là, oui, l’implication a été pleine. Les publics : qu’est-ce qui a changé depuis 2019 ? J’ai vu évoluer les profils. Au début, davantage de personnes proches de l’emploi (chômage « classique »). Aujourd’hui, des situations plus complexes : précarité forte, expérience de la rue, illettrisme, addictions, etc. Les curseurs bougent, il faut adapter l’accompagnement. Hypothèse : au départ, celles et ceux déjà dynamiques ont répondu au courrier individuel. Pour toucher les publics plus vulnérables, il faut d’autres modes de contact : porte-à-porte, bénévoles/lycéen·nes, services civiques par commune, etc. Passer “de l’autre côté” (salariée de l’équipe projet), ça change quoi ? J’ai découvert un vrai métier : relation aux élu·es, travailleurs sociaux, associations, entreprises ; beaucoup de rédaction, de statistiques, de comptes rendus. On ne peut pas tout faire seul·e : il faut des compétences multiples, d’où l’importance de l’équipe (bénévoles compris). J’ai mesuré mes limites et la richesse du collectif. Quel a été l’impact sur vous / votre travail ? Sur le plan personnel, je ne sais pas si ça change beaucoup. Sur le territoire, l’impact existe mais il est peu visible pour qui ne connaît pas l’expérimentation. Il faudrait travailler la visibilité (par exemple un événement festif avec d’autres associations). Côté pro : j’ai appliqué ce que je savais (rédaction), et j’ai assumé ce qui me plaît moins (statistiques). L’expérimentation, c’est essayer, adapter les parcours et modules selon le contexte. Quels ont été les apprentissages et principales difficultés ? Apprentissage : l’écoute, le respect, la dignité des personnes. Je n’ai pas de formation sociale/psy, mais j’ai une sensibilité et de l’expérience avec des publics en difficulté. Difficultés : les moyens financiers (des projets ne se font pas), certaines situations humaines dures (violence, comportements déstabilisants), et des visions différentes autour d’une expérimentation (pas toujours simple d’aligner tout le monde). Des effets concrets observés ? Oui. Des personnes qui s’ouvrent, reprennent confiance, passent le permis, trouvent un emploi, accèdent à un logement. L’impact qualitatif est réel, même s’il se mesure mal par des statistiques ; on le voit dans les témoignages et les parcours. Le comité local n’a pas validé votre situation à un moment : avec le recul comment vivez-vous cette décision ? Sur le coup, surprise. Heureusement, j’avais d’autres pistes ; elles ont abouti et m’ont conduite finalement à un poste. Au final, je suis passée par toutes les positions : administratrice, bénévole, personne identifiée, puis salariée de l’équipe projet. Rien n’a été forcé, les choses se sont mises en place. Quels sont les points à renforcer / pistes de progression ? Aller vers les publics les plus éloignés (porte-à-porte, services civiques par commune, relais locaux). Créer une fonction passerelle entre équipe projet et EBE (coordination, lien ateliers ↔ EBE). Soigner la transition des personnes qui quittent l’équipe projet pour entrer en EBE. Renforcer la visibilité (événements conviviaux et pédagogiques). Quelles sont les bonnes pratiques à garder ? Première rencontre à deux. Aller-retour entre suivi individuel et animations collectives (ateliers, modules). Parcours d’intégration/transition vers l’emploi avec intervenant·es extérieurs (regards croisés). Adaptabilité continue aux profils et besoins. Quelles sont les forces du projet ? L’adaptabilité ; un territoire particulier qu’on peut transformer en force (avec de la pédagogie) ; et surtout la richesse de l’équipe—personne n’a toutes les compétences, c’est l’ensemble qui fait la cohérence. Le projet en une phrase ? C’est la vie d’un territoire : une expérience humaine riche, en mouvement, qui demande de la pédagogie, du lien et une grande capacité d’adaptation.
— Marylène Aléno

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