Témoignage
Marie-Claude Le Tano-Guéguen - Témoignage
Maire de L’Escouët-Gouarec et coo-présidente du CLE du Centre Ouest Bretagne
Entreprise ayant pour fonction de créer des emplois manquants sur le territoire et adaptés aux personnes privées durablement d'emploi.
Espace géographique continu de taille variable, au sein duquel l'expérimentation est pilotée par un comité local pour l'emploi.
Elle concerne les personnes désireuses de travailler, mais dans l'impossibilité de trouver un emploi depuis au moins un an.
L'ETP est une unité de mesure permettant de quantifier le travail effectué par une ou plusieurs personnes par rapport à un temps de travail plein (ex : un contrat à 80 % équivaut à 0,8 ETP).

Pouvez-vous vous présenter et expliquer quelle est votre implication dans l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée, et depuis quand ? Je suis Marie-Claude Le Tano-Guégan, maire de la commune de Lescouët-Gouarec depuis 2014. Mon implication dans l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée remonte à 2016. À cette époque, j’ai été contactée par le maire de Langoëlan, qui connaissait déjà le projet et me l’a présenté. Je ne connaissais pas du tout cette démarche auparavant. Nos communes étant limitrophes, l’enjeu était de construire un territoire cohérent. Dès la présentation du projet, j’ai été interpellée : j’ai trouvé l’idée très pertinente, à la fois innovante et profondément humaine. Militante syndicale de longue date, je me suis même demandé comment une telle approche n’avait pas émergé plus tôt. Il a ensuite fallu convaincre le conseil municipal d’entrer dans l’expérimentation. Cela n’a pas été simple, notamment parce que, sur ce mandat-là, beaucoup d’élus n’avaient jamais été directement confrontés au chômage. Pour eux, c’était une réalité lointaine. Mais nous avons finalement fait le choix collectif de nous engager. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager concrètement dans ce projet ? Ce n’est pas uniquement le nombre de demandeurs d’emploi sur la commune qui a motivé mon engagement, même s’il y avait déjà, pour une commune de petite taille, une réalité non négligeable. Ce qui m’a surtout convaincue, ce sont les premières réunions : j’y ai rencontré une équipe dynamique, engagée, porteuse de valeurs fortes. En tant que jeune élue à l’époque, j’y ai vu aussi un projet structurant, quelque chose que je pouvais m’approprier et porter politiquement. Le fait que l’expérimentation arrive en début de mandat a compté : cela permettait d’insuffler une nouvelle dynamique territoriale. Quand vous repensez à vos débuts dans l’expérimentation, quels souvenirs vous reviennent ? Au départ, j’étais très enthousiaste. J’avais vraiment l’impression que le projet allait fonctionner, qu’il suffisait de mettre les choses en place pour que cela marche. Je n’avais pas mesuré la complexité réelle de l’expérimentation, ni le temps nécessaire à sa maturation. En 2016, nous espérions une labellisation rapide. Lorsque notre territoire n’a pas été retenu, j’ai vécu cela comme une forme de non-recevoir. J’ai même pensé que l’aventure s’arrêtait là. Avec le recul, je comprends mieux ces temporalités, mais sur le moment, c’était difficile. Y a-t-il eu des moments ou des rencontres particulièrement marquants pour vous ? Oui, très clairement. Ce qui m’a le plus marquée, c’est la découverte des parcours des personnes accompagnées. On ne mesure pas toujours, au départ, la profondeur des fragilités, la complexité des histoires de vie. L’expérimentation met en lumière des réalités humaines parfois très lourdes, notamment en lien avec la santé psychique, la confiance en soi, ou les ruptures sociales. Cela demande une grande vigilance collective et une capacité d’adaptation permanente. L’entreprise à but d’emploi se situe à la frontière entre le monde économique et l’accompagnement social, ce qui pose de nombreux défis. Qu’est-ce que cette expérimentation a changé pour vous, dans votre vie d’élue ? Elle a profondément changé mon regard. Sur ma commune, j’ai vu des personnes reprendre une activité, révéler des compétences insoupçonnées, retrouver une place sociale. Ce sont des transformations concrètes, visibles, qui parlent bien plus que des chiffres. J’ai aussi compris à quel point l’expérimentation est difficile à expliquer. Même pour moi, il a fallu du temps pour en saisir toutes les mécaniques, notamment sur les questions de financement et de parcours. Cela m’a appris à mieux communiquer, à trouver des mots plus justes pour expliquer la démarche aux habitants et aux élus. Le temps de mise en œuvre est souvent critiqué. Quel est votre regard sur cette question ? Je pense que ce temps est nécessaire. Pour les élus, s’approprier une démarche aussi innovante demande un véritable travail d’acculturation. Ce n’est pas inné, ce n’est pas notre métier de départ. Réduire artificiellement ce temps serait dangereux : cela empêcherait la construction d’un consensus local solide et fragiliserait le projet. Deux ou trois années de maturation ne me paraissent pas excessives au regard des enjeux humains et territoriaux. Y a-t-il eu des moments difficiles ? Oui, bien sûr. Comme beaucoup d’élus engagés dans cette expérimentation, j’ai traversé des phases de fatigue, de découragement. Le sentiment de stagnation, les incertitudes nationales, le gel de certaines décisions ont été éprouvants. Mais j’ai choisi de rester, par responsabilité collective et par fidélité aux valeurs du projet. Abandonner aurait signifié fragiliser l’ensemble de l’expérimentation sur le territoire. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous rend fière dans ce projet ? Les rencontres, avant tout. Voir des salariés se retrouver, échanger, travailler ensemble, sentir une effervescence autour de l’entreprise à but d’emploi, ce sont des signes très forts de réussite. Je constate aussi une montée en notoriété du dispositif, localement et nationalement. Les médias, les documentaires, les échanges entre territoires contribuent à faire évoluer les regards sur la privation durable d’emploi. Quels sont, selon vous, les facteurs clés de réussite de l’expérimentation ? La cohérence territoriale est essentielle. Un territoire trop morcelé ou insuffisamment engagé collectivement fragilise le projet. Il faut également revenir sans cesse aux fondamentaux : le parcours, l’humain, l’adaptation aux besoins réels du territoire, notamment dans des secteurs comme l’alimentation, l’agriculture ou les services de proximité. La grande force de l’expérimentation, à mes yeux, réside dans le fait d’avoir repensé l’utilisation de l’argent public. Contrairement aux idées reçues, les personnes privées durablement d’emploi ne « coûtent » pas : elles produisent, elles participent, elles contribuent. Si vous deviez résumer l’expérimentation en une phrase, que diriez-vous ? C’est un projet ambitieux qui remet l’humain au cœur de l’action publique et qui prouve qu’avec de la volonté collective, d’autres chemins vers l’emploi sont possibles.— Marie-Claude Le Tano-Guéguen
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